dimanche 31 août 2025

La santé publique sacrifiée sur l’autel de l’ignorance

De Trump à Trump

Robert F. Kennedy fils, promu secrétaire à la Santé par Donald Trump, vient d’offrir aux Américains une révélation digne d’une télévangélisation scientifique : il a découvert la cause de l’autisme. Rien de moins. Après des décennies de recherches complexes menées par des milliers de chercheurs, il lui aura fallu… cinq mois et beaucoup d’idéologie pour affirmer que certaines « interventions » causent presque certainement l’autisme. Traduction : les vaccins.

Voilà où mène le trumpisme : installer à la tête de la Santé publique un homme qui compare la vaccination aux expériences nazies et qui s’appuie sur une étude frauduleuse déjà rétractée. Mais qu’importe, puisque la vérité scientifique n’est plus un contre-pouvoir : elle est congédiée pour « insubordination ». C’est ce qui est arrivé à la Dre Susan Monarez, directrice du CDC, coupable d’avoir rappelé que les nouvelles directives contredisaient les données. Quand le savoir est réduit au silence, c’est un pilier de la démocratie qui tombe.

Les conséquences sont vertigineuses : exode massif d’experts, budget du CDC réduit de moitié, rupture avec l’OMS, destruction de satellites mesurant le CO₂. Résultat ? Un pays autrefois chef de file mondial en matière de santé publique se transforme en incubateur de pseudoscience. Pendant que 75 % des chercheurs songent à quitter les États-Unis, Kennedy et Trump transforment la Maison-Blanche en laboratoire d’ignorance organisée. C’est une dérive autoritaire subtile : on n’interdit pas les opposants à coups de matraque, on les fait fuir à coups de mensonges et de coupes budgétaires.

Et le Congrès ? Il s’aplatit. Ceux qui savaient mieux, comme le sénateur médecin Bill Cassidy ont finalement voté pour confirmer Kennedy. Les mêmes qui jadis invoquaient le « gros gouvernement » veulent maintenant superviser les ruines du CDC. Pas pour reconstruire, mais pour achever ce qui reste. C’est ainsi que l’autoritarisme avance : pas par un coup d’État spectaculaire, mais par une série de renoncements quotidiens.

Nous ne parlons plus de simples « réformes » ou d’un débat scientifique. Nous assistons au démantèlement volontaire des institutions de savoir, remplacées par un culte du chef et une rhétorique de certitude. Une démocratie qui se prive de science devient une démocratie qui se prive de raison. Et comme l’écrivait Al Gore il y a vingt ans dans La raison assiégée, la vérité a beau crier, elle s’efface toujours quand le mensonge a le pouvoir.

Aujourd’hui, de Trump à Trump, c’est la santé publique américaine qui trinque. Demain, ce sera la démocratie tout entière. Car chaque attaque contre la science n’est pas seulement un crime contre la raison : c’est une pièce de plus retirée du fragile édifice démocratique. Et tôt ou tard, l’édifice s’écroule.

 

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