De Trump à Trump, ce qui frappe n’est pas tant la nouveauté des délires que leur recyclage permanent. L’histoire n’avance pas en ligne droite, elle nous passe au tordeur. On y broie les résistants, on y écrase les idées qui grincent, et de cette bouillie sort tantôt un progrès, tantôt une régression maquillée en victoire populaire.
Le trumpisme n’a rien inventé. Il a seulement repris l’arme rhétorique des vieux dogmes : détourner l’attention, culpabiliser l’adversaire, intimider les voix libres. Et, comme chez les Frères musulmans d’Eissa, on brandit l’accusation qui tue le débat : « islamophobie » d’un côté, « fake news » de l’autre. Résultat : chaque critique devient suspecte, chaque question un crime, et 40 % d’Américains avalent la potion chaque jour.
Et quand on ose pointer la manipulation, voilà que les pro-trumpistes dégainent leur miroir magique : « Biden fait pareil! » La spirale est lancée, chacun se replie dans son camp, comme des supporters criant pour leur équipe, peu importe si le joueur triche. Le débat devient un sport, pas une démocratie.
Au bout de cette spirale, surgit la tentation la plus sombre : « débarrassons-nous d’eux ». C’est là que le tordeur devient dangereux : il ne malaxe plus des idées, il écrase des humains. Et, dans ce bras de fer, celui qui détient le pouvoir et l’armée sort souvent gagnant. Triste constat de notre modernité recyclée.
Sommes-nous condamnés à revivre la boucle? Pas tout à fait. Ce n’est jamais un simple cercle, c’est une spirale. On revient au même point, mais plus haut ou plus bas. Reste à savoir si nous monterons ou si nous accepterons de descendre.
Parce qu’au fond, l’histoire, ce grand tordeur, n’a pas d’autre moteur que nous-mêmes. Et si l’intelligence numérique s’invite dans la partie, n’oublions pas : faire confiance à la machine, c’est encore faire confiance à l’humain qui l’a créée. L’éthique de l’un peut devenir l’épée de l’autre. Voilà pourquoi, avant de se laisser presser par le rouleau, mieux vaut se demander si nous voulons sortir aplatis… ou transformés.

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