lundi 22 septembre 2025

Un dictateur est-il toujours un être sanguinaire ?

 



Je l’avoue : j’ai longtemps eu un petit doute. Trump, avec son teint orange, sa cravate trop longue et ses coups de menton maladroits, me semblait incapable de violence. À côté d’un Hitler vociférant, d’un Staline qui signait les listes d’exécutions à la chaîne ou d’un Pinochet larguant des opposants depuis des hélicoptères, Trump ressemble plutôt à un oncle gênant dans un mariage : bruyant, vulgaire, mais pas vraiment menaçant. On aurait presque envie de le renvoyer au vestiaire avec un cheeseburger et une télécommande.

Mais c’est là que le piège se referme. Car un dictateur n’a pas besoin d’être sanguinaire au sens classique du terme. Certains ne portent jamais d’uniforme, ne tiennent jamais une arme, ne donnent jamais d’ordre direct de tir. Ce sont des dictateurs en pantoufles, qui exercent la violence par procuration, comme on sous-traite un service de nettoyage.


Le dictateur sanguinaire classique

Lui, on le connaît : Hitler, Staline, Franco. L’homme qui tonne, qui désigne des boucs émissaires et qui signe les exécutions d’un geste sec. C’est le dictateur à l’ancienne, le boucher en chef, celui qui laisse l’Histoire couverte de sang et de cendres.


Le dictateur « fast-food »

Et puis il y a Trump.
Lui ne sort pas un pistolet : il sort un tweet.
Il ne déchaîne pas la Gestapo : il envoie des partisans déguisés en patriotes avec des casquettes rouges.
Il ne dit pas : « Tuez-les ! » il préfère : « Je ne dis pas qu’il faut leur faire du mal, mais… vous savez ce que je pense. »
Il ne signe pas des purges sanglantes : il signe des décrets en capitales sur Truth Social, entre deux hamburgers dégoulinants.

Trump est le dictateur caricature postmoderne : un dictateur à micro ouvert, un stand-up comique du chaos, qui délègue la violence à son public comme un animateur de télé-réalité délègue les éliminations au vote du public.


Le 6 janvier comme exemple parfait

Le 6 janvier 2021 restera son chef-d’œuvre : il n’a pas pris d’assaut le Capitole lui-même; trop fatigant, trop risqué, pas son style. Il a simplement chauffé la foule, lancé des slogans, et laissé ses partisans jouer les figurants d’un remake low-cost de la Révolution française. Pendant que les vitres explosaient, lui, il regardait le spectacle à la télé, un peu comme on regarde un match de football en mangeant des nachos. Voilà sa violence : indirecte, feutrée, paresseuse… mais bien réelle.


La violence par la loi et le verbe

Trump ne tranche pas de têtes : il coupe des budgets.
Il ne fusille pas des opposants : il les traîne dans la boue, les insulte, les menace de procès.
Il ne torture pas dans des caves : il nomme des juges qui détricotent méthodiquement les droits civiques.

C’est une violence de bureau, une violence climatisée, une violence 5 étoiles. Elle n’éclabousse pas, elle ne sent pas le sang, mais elle ronge, elle détruit, elle écrase.


Ma conclusion (au vitriol)

Alors je reviens à ma question : un dictateur est-il toujours un être sanguinaire ? La réponse est non. Le dictateur moderne n’a même plus besoin d’être sanguinaire. Il peut être obèse, bronzé artificiellement, accro à Fox News et à la malbouffe, et pourtant tout aussi destructeur qu’un tyran en bottes de cuir.

Trump est la caricature ultime : un dictateur de canapé, qui ne tire jamais un coup de feu, mais qui appuie chaque jour sur la gâchette des esprits. Il ne tuera peut-être jamais de ses propres mains, mais il est capable de laisser mourir la démocratie entière en ricanant, sans jamais se salir les doigts.

Et c’est ça, le plus terrifiant.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Loi Spéciale sur les médecins: et nous, les patients?

  Loi spéciale sur les médecins : et nous, les patients ? Le gouvernement Legault vient d’imposer une loi qui dicte aux médecins leurs cond...