Assis ce samedi soir, à 22 h 54, sur ma galerie. Devant moi, un petit poêle au propane fait danser sa flamme, comme un cœur battant qui répand sa chaleur bienfaisante.
Dans cette lumière vacillante, j’entends résonner l’album Les cinq saisons d'Harmonium. La musique se mêle au feu, et l’instant prend racine. Mais au fond, ce n’est pas seulement l’homme mûr qui s’émerveille. C’est l’enfant qui m’habite encore, l’enfant qui refuse obstinément de vieillir, qui s’assoit en moi pour rire du froid, pour s’étonner de la flamme, pour croire qu’un soir d’été ne peut qu’être une fête éternelle.
Un enfant conscient de son bonheur, mais qui sait trop bien que ce n’est qu’un répit. Car dehors, aux écrans, grondent les tambours d’un monde qui s’arme, d’un trumpisme semant à tout vent haine et division. Alors, je lui dis : reste ici, tout près de la flamme, car même au plus beau des instants, le réel finit toujours par nous rejoindre.
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